Une grande partie de la musique axée sur la texture sonore et la forme ouverte composée au cours des dernières décennies a été destinée à l’orchestre ; « Streets and Inroads » tente en quelque sorte de rétablir l’équilibre en proposant, pour ce type de musique, des matériaux conçus pour des formations de vent et de percussions de différentes tailles.
Bon nombre des sons requis dans cette pièce sont non traditionnels : cliquetis des clés des instruments à vent, jeu des embouchures retirées des instruments, glissandos sans hauteur définie, etc. La plupart des sons de la pièce ne nécessitent pas l’exécution de hauteurs spécifiques ; par conséquent, les musiciens ont une grande influence sur les divers effets contenus dans la partition. Le compositeur a défini une trame générale et une structure globale, mais de nombreux détails de la pièce sont laissés à l’appréciation du chef d’orchestre et des musiciens. On peut qualifier ces textures d’aléatoires.
La pièce comporte également des aspects de forme aléatoire (ou ouverte) : le chef d’orchestre et les musiciens disposent d’une certaine liberté quant à l’ordre dans lequel certains événements de la partition se produisent. Il est donc probable qu’aucune interprétation de *Streets and Inroads* ne soit identique à une autre. Cela ne signifie toutefois pas que *Streets and Inroads* soit une œuvre aléatoire en soi, car, dans une large mesure, elle présente toujours un contenu similaire, les mêmes composants et une forme définie (bien que variable). Par conséquent, bien qu’elle contienne des éléments aléatoires, il ne s’agit pas globalement d’une pièce « aléatoire ».
Cette œuvre offre des opportunités pédagogiques et didactiques particulières. Par exemple, pour la plupart des interprètes, ce sera la première fois qu’ils auront l’occasion de voir de près une partition complète. Leur conception de la notation s’enrichira, car dans une œuvre à forme ouverte comme celle-ci, un interprète peut s’éloigner considérablement de la notation. Il n’y a pas une seule façon d’obtenir le meilleur rendu musical : considérez la notation comme un ensemble de matériaux destinés à l’improvisation.
Se pose également la question de l’utilisation en concours. Les juges ont l’habitude de se prononcer selon des critères traditionnels : l’intonation, la précision de l’ensemble, le phrasé, etc. Ces critères ont moins d’importance dans une œuvre comme celle-ci. Comment alors juger une interprétation de *Streets and Inroads* ? Je propose les critères suivants : est-elle convaincante ? est-elle bien exécutée ? est-elle interprétée avec conviction ? possède-t-elle une force expressive ? Ce qu’il faut avant tout démontrer dans l’interprétation, c’est la polyvalence.
Comment l’auditeur est-il censé réagir face à une musique comme celle-ci ? Dans la plupart des modes d’écoute traditionnels, je suggérerais que le public se concentre sur la mélodie, les changements harmoniques, le contrepoint et la structure ou la forme. Dans *Streets and Inroads*, la mélodie et l’harmonie sont remplacées par des sons abstraits. La pièce comporte des aspects de contrepoint et, comme mentionné, la composition présente une forme perceptible. Ainsi, malgré les sons inhabituels que l’on entend dans cette pièce, l’auditeur n’a pas besoin de « changer d’oreille » pour assister à son interprétation. C’est un plaisir, tant pour les interprètes que pour les auditeurs, de s’aventurer sur des chemins musicaux différents, au moins de temps en temps.
« Streets and Inroads » a été composée en 1975 pour l’orchestre d’harmonie de l’école primaire de Manasquan, à Manasquan, dans le New Jersey. La partition a été révisée en 1980.