Contrairement aux arrangements précédents, qui partaient toujours d'un modèle vocal, le présent arrangement a pris pour point de départ une pièce instrumentale, le cinquième mouvement du Quatuor pour la fin du temps d'Olivier Messiaen. Le titre de ce mouvement, "Louange à l'Eternité de Jésus", suggère toutefois un aspect vocal, comparable aux Alleluias instrumentaux qui, dans de nombreuses œuvres de Messiaen, par exemple dans Les Couleurs de la Cité céleste, font office d'exclamation sans voix. Si, dans les alléluias grégoriens, l'instrumental est préformé sous la forme du sans-voix, des œuvres comme la phrase mentionnée du Quatuor renvoient au vocal comme à leur origine. Une vocalisation de ce modèle devait donc partir d'une telle ambiguïté. En d'autres termes, il fallait un texte qui, comme dans l'Alleluia grégorien, permette aux chanteurs d'articuler ce qu'ils chantent sans le déterminer d'une quelconque manière. En cherchant un texte qui ne raconte ni ne reflète une histoire, je suis tombé sur les propres textes de Messiaen, plus précisément sur ceux qu'il avait composés pour ses Trois petites Liturgies de la Présence divine : "Mon Jésus, mon silence, restez en moi ; mon Jésus, mon royaume de silence, parlez en moi ..." (Mon Jésus, mon silence, reste en moi ; mon Jésus, mon royaume de silence, parle en moi ...). Ils reflètent précisément cette ambiguïté que l'on peut également observer dans la musique de Messiaen : ils interprètent et ne signifient rien, et pourtant ils articulent quelque chose, cherchent à l'aide de leurs concepts à aller au-delà de la conceptualisation - non pas sous la forme d'un effort philosophique, mais sous la forme d'une sortie de soi. Ce n'est pas pour rien que la désignation originale de l'exposé dans le cinquième mouvement du Quatuor est "Infiniment lent, exstatique". (extrait de la préface de Clytus Gottwald)